Du modèle linéaire à l’économie circulaire : l’art de donner une seconde vie | V-ZUG Suisse

Du modèle linéaire à l’économie circulaire : l’art de donner une seconde vie

La collection « Repurpose »de V-ZUG s’inscrit dans l’engagement de l’entreprise en faveur des principes de l’économie circulaire. Le pouf Adora et la table Adora sont fabriqués à partir de tambours de lave-linge usagés, revalorisés grâce à l’association de bois suisse et de tissus d’ameublement. Un exemple concret de cette démarche, présenté par Marcel Niederberger et Daniel Frost.

Commençons par l’idée de « boucler la boucle », un concept central de la vision de durabilité de V-ZUG. Que signifie-t-elle et comment influence-t-elle à la fois la stratégie à long terme de l’entreprise et ses décisions au quotidien ?

Marcel Niederberger (MN) : La vision de la durabilité de V-ZUG repose sur deux grands défis. Le premier est l’efficacité énergétique : nous sommes un fabricant d’appareils électroménagers et nos produits consomment de l’électricité pendant de nombreuses années. Le second concerne l’intensité matérielle : les ressources sont limitées, alors que nous dépendons fortement de matériaux tels que les plastiques, les métaux et les composants électroniques. C’est pourquoi nous avons amorcé, il y a quelques années, la transition d’un modèle économique linéaire vers une économie circulaire, faisant de l’idée de « boucler la boucle »notre principe directeur. Il s’agit d’adopter une nouvelle manière de gérer les ressources. Aujourd’hui, nous utilisons principalement des matières premières vierges pour fabriquer un appareil qui sera utilisé pendant dix, quinze ou vingt ans, puis recyclé. Cette approche aboutit souvent à du downcycling, un processus qui entraîne une perte de valeur des matériaux. L’économie circulaire suit une autre logique. Au lieu de broyer les appareils, nous avons commencé à les démonter afin de séparer les différents flux de matériaux et ainsi préserver une part bien plus importante de leur valeur. À long terme, cette démarche nous rend plus résilients et moins dépendants de notre chaîne d’approvisionnement.

Le recyclage et l’upcycling sont de plus en plus répandus dans l’industrie. En quoi l’approche de V-ZUG va-t-elle plus loin ?

MN : Nous disons souvent que nous vivons dans une économie du recyclage et, dans certains pays comme la Suisse, c’est effectivement le cas. Près de 100 % des appareils électroménagers y sont recyclés en fin de vie. Mais à l’échelle mondiale, la situation est très différente. En Asie, par exemple, le taux de recyclage des appareils électroménagers n’est que de 12 %, tandis qu’il se situe à environ 50 % en Europe. Le recyclage constitue donc une bonne base, mais nous sommes convaincus que l’économie circulaire permet d’aller plus loin, car elle vise à maintenir les ressources dans le cycle le plus longtemps possible et à leur plus haut niveau de valeur. Nous avons élaboré une stratégie circulaire à l’horizon 2040 fondée sur les « stratégies R »: réduire l’utilisation des ressources, recycler les déchets et encourager le reconditionnement, la réparation ainsi que la réaffectation des produits et de leurs composants. Au sommet de cette hiérarchie se trouve la réparation. Lorsqu’un produit tombe en panne, il doit en priorité être réparé. Si cela n’est pas possible et qu’il revient dans nos entrepôts, nous examinons alors les possibilités de reconditionnement et de revente. Si le reconditionnement n’est pas envisageable, l’appareil est démonté afin que certaines de ses pièces puissent, dans l’idéal, être réutilisées. L’étape suivante consiste à refermer la boucle des matériaux en réintégrant certains composants dans les chaînes d’approvisionnement de nos fournisseurs. Enfin, au-delà du recyclage, il y a la réaffectation (repurposing), qui consiste à donner une nouvelle fonction à des matériaux ou composants existants. C’est précisément le sujet dont nous parlons aujourd’hui. Bien entendu, nous n’en sommes qu’au début de ce parcours. Le chemin est encore long, mais nous sommes pleinement engagés dans cette démarche et avons déjà franchi les premières étapes.

« Le recyclage constitue un bon point de départ, mais nous sommes convaincus que l’économie circulaire permet d’aller plus loin, car elle maintient les ressources en circulation aussi longtemps que possible tout en préservant leur valeur au plus haut niveau. ». - Marcel Niederberger, Responsable durabilité

Que signifie exactement la réaffectation (repurposing) ?

MN : Lorsque nous démontons un appareil, nous examinons chaque composant afin de déterminer la meilleure façon de le valoriser. Prenons l’exemple du tambour de lave-linge : il est fabriqué en acier inoxydable, un matériau de grande qualité. Nous pourrions le recycler, ce qui permettrait de préserver la ressource, mais il risquerait alors d’être mélangé à d’autres métaux. Une autre option consiste à prolonger la durée de vie du tambour lui-même en lui attribuant une nouvelle fonction et en le transformant en un nouvel objet. C’est précisément cela, la réaffectation.

Quand le projet Repurpose Furniture a-t-il vu le jour et quelles étaient les idées ou les objectifs initiaux qui ont guidé sa conception ?

Daniel Frost (DF) : Nous avons commencé à démonter des lave-linge en 2023 afin d’identifier les composants susceptibles d’être réutilisés. Le tambour nous a particulièrement fascinés et nous avons rapidement perçu son potentiel. Nous avons donc demandé à Benjamin Baumli, notre Responsable Expositions et Stores, de nous aider à développer une idée autour de cet élément. Benjamin est un designer d’intérieur talentueux qui collabore avec V-ZUG depuis plus de vingt ans. Au fil du temps, il a constitué un réseau d’artisans qui accompagne V-ZUG dans ses besoins en matière de conception et de production. En janvier 2024, il nous a présenté plusieurs prototypes particulièrement convaincants.

Concrètement, que devient un lave-linge Adora qui ne peut plus être réparé ?

DF : Lorsqu’un appareil ne peut être ni réparé ni reconditionné, l’étape suivante consiste à le démonter. Ce processus est réalisé en collaboration avec notre partenaire GGZ (Gemeinnützige Gesellschaft Zug), une institution sociale qui emploie des personnes issues du marché secondaire du travail. Elle est située juste à côté de notre site de production à Zoug. Lors du démontage, les composants sont retirés et les matériaux soigneusement triés. Certains peuvent être réutilisés dans la production, tandis que d’autres sont renvoyés à nos fournisseurs. Dans le cas des lave-linge Adora, nous récupérons les tambours afin de leur donner une seconde vie. Ils sont nettoyés, sablés puis revêtus d’un nouveau traitement de surface. Enfin, de nouveaux éléments viennent s’y ajouter, comme des pieds et un plateau en bois, ou encore une assise rembourrée.

Réaffecter ce qui est souvent considéré comme un déchet peut s’avérer plus coûteux qu’un recyclage classique. Pourquoi avoir choisi de créer de nouveaux objets à partir de ces composants plutôt que de simplement recycler les matériaux ?

DF : Ce qui comptait avant tout pour nous, c’était de raconter l’histoire qui se cache derrière notre stratégie d’économie circulaire. Transformer un tambour de lave-linge en un nouvel objet à la fois esthétique, fonctionnel et durable nous a semblé être la meilleure façon d’y parvenir. Bien sûr, les produits finis ont un certain coût, mais leur prix est simplement calculé de manière à couvrir nos dépenses.

MN : Chez V-ZUG, nous suivons une approche fondée sur trois dimensions : People, Planet, Profit. Nous ne considérons jamais uniquement l’aspect économique de la durabilité. Le projet Repurpose Furniture est un excellent exemple, car il englobe ces trois dimensions. Si nous nous étions concentrés exclusivement sur la rentabilité, nous n’aurions probablement jamais lancé ce projet. Mais nous accordons tout autant d’importance aux impacts environnementaux et sociaux. C’est cette vision qui guide notre réflexion et notre manière d’agir.

Mann vor einer beleuchteten Betonwand

« Ce qui comptait avant tout pour nous, c’était de raconter l’histoire qui se cache derrière notre stratégie d’économie circulaire. Nous avons estimé que transformer un tambour de lave-linge en un nouvel objet, à la fois esthétique, fonctionnel et soigneusement réalisé, était la meilleure façon d’y parvenir. ». - Daniel Frost, Intrapreneur Économie Circulaire

Comment le pouf Adora reflète-t-il les valeurs et l'identité de V-ZUG ?

MN : Le label Swiss Made est au cœur de notre identité. Il ne s’agit pas seulement de fabriquer en Suisse, mais aussi de soutenir un vaste réseau local. Environ 60 % de nos fournisseurs sont basés en Suisse. Pour les objets issus de la réaffectation, nous avons appliqué le même principe. Si nous avons besoin de pieds en bois, par exemple, nous faisons appel à un artisan local capable de les fabriquer à la main, tout en préservant le langage formel qui reflète également le positionnement de notre marque. Ces produits possèdent une qualité intemporelle. Comme nos appareils, ils s’intègrent naturellement dans une grande variété d’environnements.

Quel rôle les experts locaux ont-ils joué dans la conception des produits finaux ?

DF : Un rôle essentiel. Ils disposent d’un savoir-faire que nous ne possédons pas, notamment dans le travail du bois et la création d’assises confortables. Ils nous aident à transposer le langage esthétique sobre et minimaliste de nos appareils vers d’autres catégories de produits, tout en conservant la même identité de design.

V-ZUG a développé dix principes de conception circulaire. Comment sont-ils nés et comment influencent-ils le développement des produits ainsi que les pratiques quotidiennes ?

MN : Ces principes ont été conçus pour rendre nos produits compatibles avec les exigences de l’économie circulaire. Chaque fois que nous développons un nouveau produit, ces lignes directrices sont intégrées au cahier des charges dès le départ. Tout au long du processus de développement, l’équipe de conception doit justifier chacun de ses choix ainsi que les méthodologies employées.

Que peut-on attendre de V-ZUG dans les années à venir ?

MN : C’est un parcours qui se poursuit en permanence. Récemment, nous avons créé un nouveau poste au sein de notre département Recherche & Développement : celui d’Ingénieur Expert en Durabilité. À l’avenir, nous parlerons davantage des matériaux et de l’économie circulaire, en complément des sujets liés à l’efficacité énergétique. Nous souhaitons expliquer l’origine de nos matériaux, leur parcours tout au long de la chaîne de valeur et l’empreinte écologique qui leur est associée.

Télécharger notre rapport sur la durabilité

Vous trouverez dans notre compte rendu détaillé toutes les informations sur les aspects mesurables de nos activités.

Rouleau en acier inoxydable dans un hall de production représentant la fabrication industrielle et la technologie moderne.

Agir aujourd’hui. Penser à demain.

Pour nous, la durabilité va bien au-delà de la seule protection du climat. Nous cherchons en permanence à intégrer les enjeux du développement durable dans la conception de nos produits, nos services et nos collaborations. Découvrez comment nous concrétisons cet engagement à chaque étape de notre parcours vers un avenir plus durable.